Champagne : extension de l’appellation et prix du raisin
Date : 11 février 2008
La demande de champagne en France et dans le monde ne cesse d’augmenter. L’année 2007 a même enregistré un record historique en matière de ventes (338,7 millions de bouteilles).
Ce qui ne manque pas de poser de sérieux problèmes d’approvisionnement en raisins. L’actuelle aire d’appellation champagne ne sera bientôt plus suffisante pour satisfaire les consommateurs français et étrangers. Les 35 000 hectares autorisés (dont 32 000 en production) à produire le champagne sont déjà tous plantés.
Les ventes qui s’emballent et les terres qui manquent : cocktail explosif et tension inévitable sur le prix du raisin.
EXTENSION DE L’AIRE D’APPELLATION
La profession a lancé en 2003 un chantier pour la révision de l’aire de production. Les travaux sont bien avancés. 40 nouveaux villages pourraient être autorisés à produire du champagne.
L’aire géographique passerait ainsi de 639 à 670 communes. A l’intérieur de cette zone, ce sont 357 villages (au lieu de 317) qui constitueraient la nouvelle aire de production de raisins. Les critères de sélection retenus par les experts étaient aussi bien géologiques, techniques qu’historiques, avec le souci d’éviter la dispersion des secteurs de production.
La liste définitive des communes entrant dans l’aire d’élaboration du champagne sera finalisée début 2009. Mais déjà elle provoque la colère des communes évincées qui crient à l’injustice. Les enjeux financiers sont importants. La valeur des terres autorisées à changer de statut passera de 5 000 €/haà 800 000 €/ha en moyenne ! De nombreux recours en justice sont attendus, malgré le soin apporté par les spécialistes de l’INAO à jauger l’aptitude du milieu naturel et la vocation vinocole des sites.
La liste finale doit être présentée au Conseil d’Etat en 2009.
Il s’agira ensuite de s’attaquer à la révision du parcellaire à l’intérieur de ces communes de la zone de production. Mission ultrasensible, aux enjeux financiers importants, confiée à des experts de l’INAO et dont on ne sait pas combien de temps elle durera.
Il conviendra ensuite d’obtenir des droits de plantation, puis de planter. Et encore trois années pour la première déclaration de récolte. Les plus réalistes envisagent l’année 2019/2020.
Pour quelle superficie plantée supplémentaire ? Entre 3 000 et 4 000 ha. Ce qui équivaudrait à une augmentation d’une quarantaine de millions de bouteilles... dans 20 ans.
La patience est de mise ! Difficile aussi de savoir quelle sera la situation commerciale du champagne même si la croissance actuelle plaide pour une extension.
LE PRIX DU RAISIN
L’augmentation du prix du raisin est l’autre préoccupation pour les négociants. A l’exception de quelques maisons (dont Pol Roger), les maisons de champagne doivent acheter environ 80 à 90 % du raisin qu’elles vinifient aux vignerons qui vendent leurs grappes aux alentours de 5 € le kilo. Sur les deux dernières vendanges, les prix du raisin ont augmenté d’environ 10 %. Cette dépendance vis-à-vis de la matière première va finir par coûter cher face à la concurrence. Cette augmentation se ressent sur le prix de vente des bouteilles. En dix ans, le prix moyen d’une bouteille de champagne est passé de 9,20 € à 12,50 €.
Les grandes maisons lorgnent vers le haut de gamme et rivalisent d’ingéniosité pour lancer des cuvées spéciales ou se démarquer par l’habillage des bouteilles. Autres créneaux porteurs : le rosé et l’extra-brut.
Pour sécuriser leurs approvisionnements, les négociants champenois proposent aux vignerons des contrats à 25 ans (au lieu des 5 ans prévus dans l’accord interprofessionnel). Le Syndicat Général des Vignerons met en garde contre cette pratique qui lie le producteur à l’acheteur, sans garantie de prix. Pour éviter de telles dérives, le SGV travaille à la rédaction d’un contrat type minimal et protecteur pour le viticulteur.
Sources : CIVC Panorama presse - Décembre 2007 et LA VIGNE - Décembre 2007










